| L'Echappée belle - éloge de quelques pérégrins
Le titre de ment pas : L'Echappée belle est de toute beauté. En treize textes aussi légers qu'érudits, Nicolas Bouvier paie ses dettes aux écrivains qui l'ont influencé. Rien d'étonnant à cela : "J'adore les dettes; un homme sans dette ne m'inspire pas confiance, écrit-il. La phrase la plus stupide que j'aie entendu à mon retour - et je l'ai entendue souvent - c'était : "Moi, je n'ai jamais rien dû à personne."" D'Albert Cohen à Kenneth White, d'Ella Maillart à Vahé Godel, d'Henri Michaux à Louis Gaulis, Bouvier rend hommage à ceux qui, comme lui, ont cherché par leurs mots à rendre compte de la polyphonie du monde. Le langage se retrouve au coeur de ce recueil, et avec lui cette impossibilité à tout dire : "Les mots ont leur limite parce qu'ils ont une odeur, une couleur, une histoire, une opacité. [...] Ils ne peuvent exprimer pleinement ni l'horreur ni la félicité de vivre." Le voyageur fait aussi l'éloge de cette "Suisse vagabonde, pérégrine", en regrdant derrière lui pour évoquer tour à tour Thomas Platter, Paracelse, mais aussi les mercenaires (un million et demi de morts en trois siècles de mercenariat helvétique) et toutes "ces petites gens" conduites au loin par "la disette et la nécessité"./fm |