| La Guerre à huit ans et autres textes
Trois textes dans cet émouvant petit recueil, mais un seul sujet : l'enfance, un âge sur lequel Nicolas Bouvier a peu écrit. Un âge ? "L'enfance, plus qu'un âge est un état d'esprit, précise l'écrivain dans Souvenirs, souvenirs. C'est une attention fébrile aux êtres et aux choses, une impatience d'absorption qui permet, pour de brefs instants, de saisir le monde dans sa polyphonie - il est toujours polyphonique - et de ne pas se contenter d'une lecture monodique où l'on ne suit qu'une ligne de la partition, ce que nous faisons trop souvent par lassitude, résignation, ou par ce qu'Antonin Artaud appelait, avec une justesse cruelle, "insuffisance centrale de l'âme"." Dans Thesaurus Pauperum ou La Guerre à huit ans, Nicolas Bouvier raconte ses premières années, parle de ses grands-parents chez qui il passe "le plus clair" de ses vacances d'été. Evoque sans trembler "le garde-chiourme prussien Bertha", l'une des figures "les plus détestées" de son enfance. Fait l'éloge des albums NPCK grâce auxquels il se construisit très tôt une solide culture générale. Enfin, Bibliothèques rend hommage à ses parents et aux bibliothèques, auxquelles "les hasards de la vie [l]'ont un peu marié". Ici comme dans le reste de l'ouvrage, le voyage se fait dans les livres. Et dans les souvenirs, au grand soulagement de l'auteur : "Si l'on nous retirait sans crier gare cette petite phrase "vous souvenez-vous?", nous pourrions tous et aussitôt nous trancher paisiblement la gorge."/fm |