| L'Usage du monde
Dans les années 1953-1954, Nicolas Bouvier et le peintre Thierry Vernet traversaient, au volant d'une petite Topolino, les Balkans, l'Iran, l'Azerbaïdjan et l'Afghanistan. Ils se séparaient à Kaboul, Nicolas Bouvier poursuivant seul ce voyage qu'il racontera dans L'Usage du monde. Récit d'une longue flânerie jusqu'au Khyber Pass, le livre le plus célèbre de Bouvier n'est pas seulement celui d'un voyageur. C'est avant tout celui d'un écrivain émerveillé. Riche d'histoire(s), de paysages, de couleurs, d'odeurs, L'Usage du monde est aussi, en toute humilité, un guide de vie. Une vie qui, pour être belle, doit prendre son temps ("Nous nous refusons tous les luxes, sauf le plus précieux : la lenteur"), laisser une place à l'étourderie ("Cette part faite à la distraction m'est une raison de plus d'aimer la Perse"), se nourrir de poésie, de musique, de rires ("Plusieurs fois à Quetta, j'ai vu des vieillards d'une grande noblesse tomber de leur vélo Raleigh, terrassés par le rire, parce qu'une plaisanterie lancée d'une boutique les avaient atteints au coeur"). Qui doit toujours, pour se remplir, rester en éveil : "Ce jour-là, j'ai bien cru tenir quelque chose et que ma vie s'en trouvait changée. Mais rien de cette nature n'est définitivement acquis. Comme une eau, le monde vous traverse et pour un temps vous prête ses couleurs. Puis se retire, et vous replace devant ce vide qu'on porte en soi, devant cette espèce d'insuffisance centrale de l'âme qu'il faut bien apprendre à côtoyer, à combattre, et qui, paradoxalement, est peut-être notre moteur le plus sûr."/fm |